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Crédit : gael-phillipe-datasulting

À Montpellier, l'intelligence artificielle récolte sa maturité

À Montpellier, la 6e édition de Cultive ta data, organisée par DataSulting, a confirmé le tournant : plus d'une entreprise sur deux mise sur l'intelligence artificielle. Gouvernance, AI Act et souveraineté dessinent désormais les vrais freins.

La sixième édition de Cultive ta data a refermé ses portes à Montpellier, sous une chaleur de plomb et devant un public de plus en plus large. Organisée par DataSulting, la journée a réuni dirigeants, DRH, directeurs financiers et responsables techniques autour d'une seule obsession : faire entrer pour de bon l'intelligence artificielle dans le quotidien des entreprises du territoire.

L'intelligence artificielle quitte la phase des essais

Gaël Philippe, directeur de DataSulting et organisateur de l'événement, parle d'un cru particulier. "Le bilan est top, comme les années précédentes, mais là, je trouve qu'il y avait encore un supplément d'âme", glisse-t-il. Les retours, dit-il, ont été aussi chaleureux que la météo. Les néophytes repartent avec des conseils applicables dès le lundi matin. Les profils plus aguerris, eux, ont trouvé de quoi nourrir des chantiers déjà bien engagés.

Le chiffre qui circule dans les allées en dit long sur le basculement. Voilà trois ans, selon la BPI, seules 13 % des entreprises avaient intégré l'intelligence artificielle. Le cap des 50 % est aujourd'hui franchi. Mais Gaël Philippe invite à manier ce pourcentage avec prudence. "Quand on parle d'intégrer l'IA, il faut conscientiser ce que ça veut dire", prévient-il. Car l'outil, lui, est déjà partout : huit professionnels sur dix qu'il côtoie ont testé au moins une fois un assistant du type ChatGPT.

Le vrai changement se joue ailleurs. "La peur du « j'utilise un outil d'IA générative » n'est plus le frein", observe le dirigeant. Reste la marche la plus haute : passer de l'usage individuel et bricolé à une organisation qui sert toute l'entreprise. Comment structurer ces pratiques pour qu'elles servent la vision et la stratégie fixées par la direction ? Les besoins existent, les premiers tests aussi. Il faut désormais bâtir du solide.

 

Gouvernance, AI Act et souveraineté : la carte des nouveaux freins

Aux peurs d'hier succèdent des obstacles d'une autre nature. Le premier tient à la gouvernance. Sans cadre, les initiatives partent dans tous les sens et nourrissent ce que Gaël Philippe nomme le Shadow IA : des collaborateurs qui expérimentent dans leur coin, au risque de laisser fuir des données personnelles ou stratégiques. S'ajoute le poids de la réglementation, avec un AI Act désormais en vigueur qui impose de sensibiliser et de former les équipes dès que l'intelligence artificielle entre dans l'entreprise.

Vient ensuite la dimension humaine, que l'organisateur juge décisive. Accompagner le changement, lever les craintes, respecter le travail et l'éthique : autant de chantiers qui ne se règlent pas d'un claquement de doigts. Le dernier front porte un nom devenu omniprésent, la souveraineté. Derrière le mot, une question très concrète de dépendance. "Est-ce que je crée une dépendance et demain, si ça s'arrête, est-ce que je mets ma boîte en péril ?", résume Gaël Philippe, qui invite chaque dirigeant à évaluer ce risque, que la solution soit hébergée sur le sol européen ou outre-Atlantique.

 

Le dirigeant aux commandes, mais à l'écoute des métiers

Reste la recette de l'adoption. Tester l'intelligence artificielle, avancer par cas d'usage, et surtout compter sur l'impulsion du chef d'entreprise. "Si l'impulsion vient d'en haut, on peut embarquer", confirme l'organisateur. Mais l'élan venu de la direction ne suffit pas. Encore faut-il tendre l'oreille vers les équipes. "C'est vachement important d'être à l'écoute des métiers", insiste-t-il, rappelant que certains salariés craignent pour leur poste et attendent d'être rassurés.

Cette ouverture explique la diversité des participants. À Montpellier, l'événement n'a rien d'un rendez-vous d'initiés. Industriels, acteurs de la mobilité comme la TAM ou La Poste, services marketing et ressources humaines : tous viennent chercher des réponses à leurs enjeux de performance et d'efficacité opérationnelle. "On ne veut surtout pas créer un événement d'experts pour les experts", martèle Gaël Philippe.

L'ambition dépasse désormais la métropole héraultaise. DataSulting, trente personnes aujourd'hui, a lancé un observatoire de la maturité data fédérant un collectif d'entreprises présentes sur tout le territoire. Un premier essai a déjà eu lieu du côté de Lyon, et d'autres rendez-vous pourraient germer à Toulouse ou Marseille. L'objectif affiché : rendre ces sujets accessibles au plus grand nombre de TPE, PME et ETI françaises. La graine semée à Montpellier n'a visiblement pas fini de pousser.


Publié : 11h53 par
François-Xavier Delacoux - Directeur de publication

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement