Lou-Capelet

Lou Capelet : à Marseillan, la chute fait la légende

À Marseillan, le port se transforme chaque été en arène. iStoria consacre un nouvel épisode à Lou Capelet, le mât savonné de dix-huit mètres né d'une visite de Louis XIII en 1642. Histoire d'une chute célébrée comme une victoire.

Un nouvel épisode du podcast iStoria est en ligne. Le programme consacre cette livraison à Lou Capelet, la fête séculaire qui transforme chaque été le port de Marseillan en arène acrobatique. Un mât de dix-huit mètres badigeonné de savon noir, des coureurs en blanc, plusieurs dizaines de milliers de spectateurs sur les quais : la tradition mêle prouesse physique, mémoire ouvrière et héritage royal. Récit en quatre actes.

 

Lou Capelet, quand Marseillan court la barre savonnée

Le décor se met en place chaque été à seize heures. La place de la mairie déborde, les hautbois ouvrent le défilé, les tambours scandent la marche. Marseillan compte 8 000 habitants à l'année. Le jour de Lou Capelet, ils sont des dizaines de milliers sur les quais. Au centre du port, une structure inclinée se dresse au-dessus de l'eau : la Bigue.

Ce mât de dix-huit mètres est enduit de savon noir et de suif. Aucune adhérence possible. À son extrémité, deux chapeaux. Le premier à deux mètres de la pointe, le second tout au bout. Décrocher celui-ci, c'est entrer dans la légende locale.

Les capeleteurs s'élancent l'un après l'autre. Trois secondes, pas plus, avant que le savon ne les fasse glisser. « Il ne faut pas marcher la barre, il faut la courir », résumait le champion Raymond Henri. Les chutes s'enchaînent : quelques côtes fêlées, des bleus, jamais une plainte. Pour participer, une seule condition : être Marseillanais. Pas de touriste, pas de voisin, pas d'invité de prestige.

Avant le port, le cortège fait un détour incontournable. La maison de retraite Claude Goudet ouvre ses portes. À l'intérieur, d'anciens capeleteurs, parfois nonagénaires, attendent leurs cadets. Un conseil, une accolade, un sourire, puis la jeunesse repart vers la Bigue. 

 

Une visite royale à l'origine de Lou Capelet

Pourquoi un mât savonné au-dessus du port ? Pour comprendre Lou Capelet, il faut remonter au 14 juin 1642. Ce jour-là, Louis XIII fait halte à Marseillan, fragile mais auréolé de sa victoire au siège de Perpignan. Le roi loge au château Ermengaud, accompagné du cardinal de Richelieu, alors patron de la marine royale. Les marins marseillanais imaginent un divertissement à hauteur de la cour : dresser un mât au-dessus de l'eau, s'y élancer, tomber, recommencer. Le roi rit. La fête est reconduite. Et elle ne s'arrêtera presque jamais.

La Bigue elle-même porte une mémoire singulière. Selon la légende rapportée dans Lou Capelet, le mât proviendrait de l'épave du Rhône, navire échoué face à Marseillan en 1836. Des plongeurs marseillanais ont identifié l'épave à la fin du XXᵉ siècle. Chaque année, la commune redresse ce fragment d'histoire maritime pour en faire la scène de sa fête. Un naufrage devenu théâtre.

L'arrière de la barge cache un autre clin d'œil patrimonial. Des tonneaux servent de contrepoids. Ce ne sont pas n'importe lesquels : ils proviennent de la maison Noilly Prat, voisine du port depuis plus de 150 ans. Les mêmes fûts où le vermouth vieillit en plein vent. Remplis d'eau, ils accentuent l'inclinaison du mât. Plus on en ajoute, plus le défi devient cruel. Si personne ne passe, on en retire un.

 

iStoria décrypte un rite qui célèbre la chute

L'épisode du podcast iStoria s'attarde sur un moment souvent méconnu de Lou Capelet : le rite du coulage. Quand un coureur saisit enfin le chapeau, ses camarades plongent et le coulent. Une fois. Deux fois. Trois fois. Vu de l'extérieur, le geste paraît brutal. Pour Marseillan, c'est l'inverse. Un baptême par l'eau du port. Une consécration. On entre dans la mémoire collective par cette poussée sous la surface. Bonne écoute.

 


Publié : 27 mai 2026 à 21h37 par
François-Xavier Delacoux - Directeur de publication

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement