Antoine Clamaran
Antoine Clamaran
Crédit : Antoine Clamaran

Antoine Clamaran à Sète, une rare nuit French Touch

Après plus de 40 ans de carrière et jusqu’à 140 dates par an, Antoine Clamaran se fait aujourd’hui rare sur les dancefloors. La légende française de la House sera pourtant à Sète le 6 juin pour Génération RTS, l’un de ses rares rendez-vous de l’année.

Antoine Clamaran a connu les nuits parisiennes enfumées, les bacs à vinyles fouillés pendant des heures, les débuts de la House française et les tournées à travers le monde. À 64 ans, le DJ et producteur français a levé le pied. Celui qui assurait jusqu’à 140 dates par an n’en fait aujourd’hui plus qu’une poignée. Une rareté qui donne une saveur particulière à sa venue le 6 juin à Sète pour Génération RTS.

Quand il parle de ses débuts, Antoine Clamaran ne commence pas par les tubes ni par les festivals. Tout démarre au Whisky à Gogo, rue de Seine à Paris. Un club historique ouvert depuis l’après-guerre. À l’époque, il n’est même pas encore DJ. Il aide simplement le résident.

« Je rangeais les disques dans les pochettes, je les essuyais, je les sortais », raconte-t-il.

Le futur producteur de Release Yourself découvre alors le métier dans sa forme la plus artisanale. Le DJ s’appelle encore « disc-jockey ». Les morceaux s’enchaînent sur vinyles. Les clubs diffusent aussi bien du funk que du reggae, du disco ou même des slows.

Chez lui, Antoine Clamaran possède déjà des platines. Il commence à mixer dans sa chambre avant de passer quelques morceaux lors de booms. Puis viennent les premiers remplacements en club.

À Paris, il passe aussi beaucoup de temps chez DiscoParnasse, un disquaire devenu culte pour toute une génération de passionnés. Il y retrouve Michel, vendeur emblématique du magasin, qui lui glisse régulièrement des imports rares sous le comptoir.

« Il me mettait des petits disques de côté qui étaient assez sympas », sourit-il.

À cette époque, Antoine Clamaran écoute surtout du funk, du disco puis l’Italo-disco qui explose dans les années 80. Une influence qui traversera toute sa carrière.

 

Le Palace, les Gay tea Dance et la naissance d’un style

Le début des années 90 change tout. Antoine Clamaran entre au Palace pour les célèbres Gay Tea Dance du dimanche après-midi. À Paris, la scène House est alors en pleine explosion. Les clubs deviennent des lieux de découverte musicale permanents.

Le Palace réunit jusqu’à 3 000 personnes chaque semaine. Laurent Garnier, David Guetta et plusieurs autres DJ y passent régulièrement.

« Les gays avaient une vraie influence sur la musique à cette époque », explique Antoine Clamaran. « Ils étaient précurseurs de beaucoup de musiques ».

L’ambiance est électrique. Les sets naviguent entre House, disco et influences plus underground. Antoine Clamaran garde pourtant une approche très accessible. Son objectif reste simple : faire danser.

« J’ai jamais été vraiment dans l’underground », assume-t-il. « Le but c’était la plus grosse fête possible ».

Cette époque marque aussi le début de la production musicale. Avec Raymond Cazaux puis Éric Kaufmann, Antoine Clamaran apprend à utiliser les premiers outils numériques. Atari, Cubase, sampleurs, synthétiseurs… Une technologie rudimentaire comparée aux logiciels actuels.

« Ça n’a rien à voir avec la production de maintenant », résume-t-il.

Très vite, les productions s’enchaînent sous plusieurs alias : D Plac, Omega, Vibration Inc ou encore 400 Hertz. Une manière de séparer les styles musicaux qu’il expérimente alors avec son entourage.

 

Laurent Pautrat, l’ami devenu associé

Mais dans l’histoire d’Antoine Clamaran, un nom revient constamment : Laurent Pautrat. Producteur, musicien, associé et ami proche disparu en 2019.

Leur rencontre démarre presque comme une scène de comédie romantique. Antoine Clamaran mixe alors dans un club gay à Auxerre, le Terpsichore. Laurent Pautrat fait partie des clients réguliers.

« Laurent m’a dragué », raconte Antoine Clamaran en éclatant de rire pendant l’interview.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais Laurent Pautrat l’invite chez lui pour lui faire écouter ses productions musicales. Antoine accepte tout en mettant rapidement les choses au clair.

« Je lui ai tout de suite fait comprendre qu’on allait avoir comme seule passion la musique », plaisante-t-il.

De cette rencontre improbable naît pourtant une immense complicité artistique. Les deux hommes montent ensemble un label, une maison d’édition, une société de production et même une plateforme de téléchargement.

Laurent Pautrat joue un rôle central dans les productions d’Antoine Clamaran. Plus musicien, plus théoricien aussi.

« Moi je n’avais pas fait le conservatoire », explique le DJ. « Les accords et les mélodies, c’était souvent Laurent qui les faisait ».

Pendant près de trente ans, les deux hommes construisent ensemble une partie de la House française.

 

Les tubes, les tournées et la solitude des avions

À la fin des années 90, Antoine Clamaran commence enfin à signer ses productions sous son propre nom. Après un voyage à Tahiti et plusieurs nuits de jetlag passées en studio, il produit Discoland, Get Up puis plus tard Release Yourself.

Le succès est immédiat.

« J’étais joué par tous les DJ dans le monde », raconte-t-il.

Les demandes explosent. Les résidences disparaissent au profit des tournées internationales. Antoine Clamaran découvre alors la Colombie, l’Amérique du Sud, les grands festivals et les clubs géants.

Mais derrière les projecteurs, il découvre aussi la fatigue et l’isolement du métier.

« Vous faites douze heures d’avion seul, vous mangez seul, vous revenez seul », confie-t-il.

Avec la disparition de Laurent Pautrat en 2019, l’arrivée de son troisième enfant puis le Covid, Antoine Clamaran décide progressivement de ralentir.

Aujourd’hui, il gère un parc de 40 studios d’enregistrement et de studios photo. Une autre vie. Plus calme. Plus stable.

« Avant je faisais 130 ou 140 dates par an. Aujourd’hui, cinq ou six dates, je trouve déjà que c’est beaucoup », reconnaît-il.

 

L’IA, « un tsunami » pour la musique

Le DJ suit aussi de près l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans la production musicale. Lui qui a commencé sur Atari utilise déjà certains outils d’IA générative.

Il évoque notamment Suno ou encore les voix artificielles capables d’imiter des chanteurs existants. Il a même recréé une version IA de la voix de Lulu, interprète de Release Yourself.

« Elle était désespérée quand elle a entendu ça », raconte-t-il.

Antoine Clamaran ne croit pas à un retour en arrière. Pour lui, l’IA va profondément transformer la musique, comme Internet l’avait fait auparavant.

« On est au début de la vague et la vague va devenir un tsunami », estime-t-il.

Il pense malgré tout que des niches plus artisanales continueront d’exister. Des passionnés attachés aux vraies consoles, aux vinyles et aux longues recherches musicales.

Le 6 juin à Sète, le public de Génération RTS retrouvera justement un artiste issu de cette culture club née bien avant TikTok, les playlists automatiques et les algorithmes. Une figure de la French Touch devenue rare sur scène.

Et pour Antoine Clamaran, malgré les années, une chose n’a toujours pas changé : le plaisir de voir un dancefloor s’enflammer.

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Publié : 17h33 par
François-Xavier Delacoux - Directeur de publication

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement