Secours Tour
Le camion est passé par plusieurs secteurs de notre région durant le mois de mai.
Crédit : Fédération Française de Cardiologie

Le Secours Tour en route : quand la prévention cardiaque s'invite sur la place du village

Chaque année en France, 50 000 personnes sont victimes d'une mort subite. Derrière ce chiffre, une réalité : 80 % de ces drames pourraient être évités grâce à des réflexes simples. Pour aller chercher les Français là où les médecins se font rares, le Secours Tour reprend la route. À bord de ce camion itinérant, des soignants et des bénévoles proposent dépistages gratuits et initiations aux gestes de premier secours. Rencontre avec le Dr Quentin Estrade, cardiologue à Castelnaudary et initiateur de ce projet.

En cardiologie, l'histoire personnelle s'invite souvent dans la vocation. Pour Quentin Estrade, le déclic remonte à 1979. Cette année-là, son grand-père paternel s'effondre dans les gradins lors de la finale de rugby de Narbonne. Une mort subite, à seulement 43 ans. « En France, le taux de survie après un arrêt cardiaque n’est que de 5 %, contre près de 30 % dans les pays scandinaves », rappelle le médecin. C’est pour inverser cette tendance qu’il a imaginé, en 2023, un dispositif simple : un camion de prévention capable d'aller directement à la rencontre des gens.

Après des débuts modestes à l'échelle locale, l'initiative a changé de dimension. Devenue trop lourde à gérer pour une petite structure associative, l'opération a été reprise par la Fédération Française de Cardiologie (FFC). « Pour pérenniser le projet, il fallait savoir lâcher le bébé au bon moment, sourit le cardiologue. La Fédération a créé une commission spéciale et sécurisé les finances. » Cette année, le Secours Tour passe à la vitesse supérieure avec une tournée nationale de 60 étapes étalée d'avril à octobre.

 

Cible principale : les déserts médicaux

 

Le principe de la tournée refuse les parcours balisés et les prises de rendez-vous sur internet, qui excluent souvent les populations les plus fragiles. Le camion vise en priorité les territoires ruraux et les zones sinistrées par le manque de spécialistes. « On paye tous le même impôt, mais l’accès aux soins est profondément inégal », dénonce Quentin Estrade.

Installé à Castelnaudary, le médecin constate chaque jour les dégâts de la désertification médicale dans l'Aude ou l'Ariège. « On voit des patients qui débarquent de Quillan ou de la Montagne Noire. Ils n’ont plus de généraliste, ne voient plus de cardiologue depuis des années et découvrent la gravité de leur situation après un infarctus. Dans ma tête d'interne à Toulouse, je pensais que les gens faisaient les 45 minutes de route pour se faire soigner. En réalité, l'essence coûte cher. La discrimination par l'argent existe bel et bien. » Pour contreer ce phénomène, son cabinet pratique le tiers payant intégral et refuse le dépassement d'honoraires. Le Secours Tour prolonge cette philosophie en s'installant sur les places de villages les jours de marché, de foire ou de match, pour « attraper » un public qui ne serait jamais venu consulter de lui-même.

 

Une goutte de sang et un massage cardiaque

 

À chaque halte, le dispositif déploie deux outils majeurs. Le premier concerne le dépistage des facteurs de risque (hypertension, diabète, obésité, tabac). Grâce à une simple goute de sang prélevée au bout du doigt, l'équipe médicale obtient un bilan lipidique complet en quelques minutes. « On traque le LDL, ce mauvais cholestérol qui encrasse les artères, explique le médecin. On prend la tension, on pèse, et on discute. On donne des conseils concrets sur l'alimentation ou la façon de bien mesurer sa tension chez soi. »

Le second volet est pratique : l'apprentissage des gestes qui sauvent. Face à un arrêt cardiaque, chaque minute perdue réduit les chances de survie de 10 %. Dans 70 % des cas, le drame survient devant un témoin, souvent dans le cadre familial. Apprendre à masser et à utiliser un défibrillateur devient alors une question de vie ou de mort.

L'impact de l'opération se mesure dans le temps. Les enquêtes menées auprès des participants montrent que la moitié d'entre eux se sentent capables de transmettre ces gestes à leurs proches. « C’est l’effet boule de neige, s'enthousiasme Quentin Estrade. Si on forme 100 personnes et qu’une sur deux en parle le dimanche suivant autour du poulet familial, on touche rapidement des centaines de personnes. Chacun doit se bagarrer avec sa municipalité pour qu'il y ait des formations. »

 

De l'Aude aux missions solidaires

 

L'engagement du cardiologue ne s'arrête pas aux frontières de sa région. Il y a quatre ans, Quentin Estrade partait pour une mission humanitaire de quinze jours à Mykolaïv, en Ukraine. Une expérience marquante, dont il garde des liens étroits avec les équipes locales. «  La guerre dure depuis si longtemps, rappelle-t-il. Des jeunes qui ont mon âge sont sacrifiés des deux côtés, sans l'avoir choisi. » Il salue au passage la solidarité qui persiste dans l'Aude, portée par un réseau d'entrepreneurs locaux et les valeurs du rugby. « Quand on a la possibilité d'aider, il faut essayer. »

Pour l'heure, c'est sur les routes de France que le médecin et les équipes de la FFC poursuivent leur combat contre les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité chez les femmes dans le pays.

 

Les chiffres clés en France



  • 1 décès toutes les 4 minutes lié à une maladie cardiovasculaire.
  • 50 000 arrêts cardiaques par an (le taux de mortalité actuel atteint 92 % sans intervention immédiate).
  • 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées par la prévention et des changements de mode de vie.

Après être passé dans notre région, autour du Golfe du Lion, le camion poursuit sa boucle avec, prochainement, plusieurs rendez-vous programmés dans le Sud-Ouest. Toutes les infos sur le site de la fédération française de cardiologie.


Publié : 9h46 par
Laurent Aubry - Journaliste

Journaliste expérimenté, présentateur et reporter pour RTS depuis 1998. Avec un parcours riche, il a débuté en 1985 à Canal 30 Nîmes avant de rejoindre Radio France en tant que présentateur-reporter dans plusieurs régions. Il a ensuite occupé des postes de chef d'antenne pour NRJ et Chérie FM, puis pour Radio Alligator, où il animait émissions, interviews et chroniques. Entre 2005 et 2015, il a également collaboré en tant que pigiste pour VT Consult, renforçant ainsi son expertise en présentation et production de chroniques. Secteurs préviligiés : Fait divers, Justice, actualités locales, enquêtes