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Le syndrome du cerveau paresseux
Alors que 59 % des 12-17 ans utilisent l’IA selon le Crédoc, des chercheurs alertent sur un risque d’atrophie de la mémoire biologique. L’étude “The Memory Paradox” (2025) analyse comment l’externalisation cognitive pourrait affaiblir l’apprentissage si l’usage n’est pas encadré.
Comme pour les réseaux sociaux, l’IA générative s’impose de façon exponentielle dans les usages quotidiens des jeunes. 59 % des 12-17 ans utilisent régulièrement l’intelligence artificielle et 26 % s’en servent chaque jour, selon le dernier baromètre du Crédoc.
Une progression plus rapide que le temps de réaction de nos institutions qui sont dépassées et ont décidé de lancer un appel à contributions scientifiques pour évaluer les conséquences sur le développement cognitif et la santé mentale des mineurs. Pourtant certaines études ont déjà ouvert la voie et alertent déjà sur un phénomène émergent : l’atrophie possible de notre mémoire biologique face aux outils numériques.
Parmi elles, “The Memory Paradox: Why Our Brains Need Knowledge in an Age of AI”, publiée en 2025 par Barbara Oakley et Terrence Sejnowski, analyse un paradoxe structurel : plus nos outils deviennent performants, plus notre mémoire interne risque de s’affaiblir. L’étude est accessible en téléchargement libre sur arXiv : https://arxiv.org/pdf/2506.11015
Externalisation cognitive : quand le cerveau délègue
Les chercheurs décrivent un mécanisme appelé “externalisation cognitive”. Il consiste à déléguer à un outil moteur de recherche, calculatrice, IA des tâches que le cerveau effectuait auparavant seul. À court terme, le gain est évident : rapidité, confort, efficacité. À long terme, le risque est plus discret. Le cerveau pourrait se contenter de mémoriser des “pointeurs biologiques” : il retient où trouver l’information, mais plus l’information elle-même. Chercher sur Google ou interroger un chatbot ne sollicite pas les mêmes circuits neuronaux que rappeler un savoir appris et consolidé. L’étude insiste sur le rôle central de la mémoire déclarative (les faits, les connaissances) et de la mémoire procédurale (les automatismes, l’intuition). Sans mémorisation répétée, les connaissances ne migrent pas vers la mémoire procédurale. Résultat : pas d’intuition, pas de détection spontanée des erreurs.
Exemple concret : un élève qui n’a jamais appris ses tables de multiplication ne perçoit pas qu’un résultat affiché est aberrant. Son cerveau ne génère pas “d’erreur de prédiction”. L’alerte interne ne se déclenche pas.
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L’inversion de l’effet Flynn
Les auteurs rappellent un indicateur préoccupant : l’inversion de l’effet Flynn. Pendant tout le XXe siècle, le QI moyen progressait d’environ trois points par décennie. Pour les générations nées après le milieu des années 1970 dans les pays riches, la tendance s’est inversée. En Norvège, certaines données montrent une baisse pouvant atteindre 7 points par génération.
Aux États-Unis, le vocabulaire adulte aurait diminué de 0,5 à 1,3 point de QI par décennie entre les années 1970 et 2010. Les chercheurs établissent un lien possible avec la diminution des pratiques de mémorisation et la dépendance accrue aux outils numériques. Ils mettent également en avant la “règle des 85 %” : l’apprentissage est optimal lorsque l’élève réussit environ 85 % des exercices. Un équilibre entre difficulté et réussite. Or, l’IA peut court-circuiter cet effort. Des étudiants produisent de meilleurs travaux avec un chatbot, mais retiennent moins d’informations sur le long terme. Les chercheurs parlent alors de “paresse métacognitive”.
Autrement dit : la machine effectue la tâche, le cerveau contourne l’effort. Les traces mémorielles, appelées “engrammes”, ne se consolident pas durablement.
Un enjeu éducatif et sociétal
L’étude ne plaide pas pour un rejet de l’intelligence artificielle. Les auteurs la décrivent comme un amplificateur cognitif, à condition de posséder un socle solide de connaissances internes. Pour un expert, l’IA peut enrichir et accélérer le raisonnement. Pour un novice, elle peut devenir une béquille instable. Les chercheurs recommandent un usage guidé: l’IA comme tuteur donnant des indices, non comme une encyclopédie livrant la réponse complète. La distinction est décisive pour la construction des schémas mentaux nécessaires à l’esprit critique.
La question n’est pas seulement technologique. Elle est éducative, familiale et professionnelle. Comment préserver l’effort cognitif dans un environnement où la réponse est disponible en quelques secondes ? Comment maintenir l’entraînement de la mémoire biologique sans renoncer aux outils numériques ? Le syndrome du cerveau paresseux ne désigne pas une pathologie médicale, mais une tendance comportementale.
Une facilité progressive qui peut affaiblir la capacité d’analyse et d’autonomie si elle devient systématique.
L’intelligence artificielle n’est pas à jeter. Elle transforme déjà l’école, les entreprises et les foyers. Mais elle suppose un usage réfléchi. Comprendre les mécanismes cérébraux, maintenir l’apprentissage par cœur des fondamentaux, encourager l’effort avant la délégation : ces principes relèvent du bon sens.
Dans nos maisons comme dans nos organisations, le principe de précaution peut servir de boussole ; il a depuis 2005 une valeur constitutionnelle. Les trois conditions d'application sont l'incertitude scientifique, la gravité du risque et la proportionnalité (les mesures prises doivent être économiquement acceptables et proportionnées à l'enjeu). La précaution n'est pas l'interdiction totale ou l'abstention ; elle impose aux pouvoirs publics d'évaluer les risques, de prendre des mesures provisoires pour limiter le danger et d'informer le public.
Ici, l’enjeu n’est pas d’opposer l’humain à la machine, mais de s’assurer que la machine, l'iA soit au service de l'esprit et non l'inverse qu'elle ne remplace pas l’entraînement du cerveau qui nous permet de penser par nous-mêmes, de conserver notre esprit critique et de protéger les plus vulnérables.
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Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement
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