Mehdi Degmache
Mehdi Degmache et ses amis ont parcouru plus de 1200 km entre Montpellier et Paris.
Crédit : Facebook Mehdi Deghmache

Montpellier : L’incroyable odyssée de « Papa-Robot », de la Comédie jusqu’à Paris à la force des bras

Il y a cinq ans, un accident de la route lui faisait perdre ses deux jambes. En ce mois de juin 2026, le Montpelliérain Mehdi Deghmache a relié la place de la Comédie à l’Arc de Triomphe en handbike : un périple de plus de 1 200 kilomètres partagé pas à pas avec une communauté qui ne se contente plus de regarder, mais qui roule à ses côtés.

Quand on demande à Mehdi Deghmache de se présenter au téléphone, le tutoiement est immédiat, le sourire se devine et le ton est direct. À 38 ans, ce natif de Montpellier porte en lui la solide carrure et l'accent de sa région. Rien, dans son énergie solaire, ne laisse deviner la fêlure de la nuit du 19 novembre 2021, lorsqu’un chauffard sous l'emprise de stupéfiants l'a fauché à moto. Ce soir-là, son cœur s’est arrêté deux fois. Il a survécu, mais a perdu ses deux jambes. Un drame qui aurait pu tout figer. C'était mal connaître l'homme, forgé aux valeurs du rugby depuis l'enfance sous le maillot du Montpellier Hérault Rugby, puis lors de plusieurs saisons intenses à XIII en Australie.

Sorti de l’hôpital, Mehdi entame sa rééducation au Grau-du-Roi avec une obsession : s'adaptater, avancer. Six mois plus tard, il marchait déjà. Il est même devenu le tout premier Français équipé d'une prothèse électronique contrôlée par microprocesseur. Alors, quand ses enfants ont découvert ses nouvelles jambes métalliques, sa femme a trouvé les mots justes. Sa fille s’est écriée : « C’est pas grave, papa a des jambes de robot maintenant ! ». Le pseudonyme était trouvé. Sur les réseaux sociaux, Mehdi est devenu « Papa-Robot », suivi aujourd'hui par 400 000 personnes sur TikTok et 25 000 sur Instagram. Une communauté à qui il distribue quotidiennement des rations de force, de résilience et d'espoir.

 

« Le handicap n'est pas une barrière, c'est un besoin d'adaptation »

 

Son dernier projet fou s'appelle « Km 0 ». L'idée ? Relier sa ville natale à la capitale en handbike, un vélo à trois roues conçu sur mesure où la transmission s'active uniquement à la force des bras. Un défi préparé sur un coup de tête en à peine trois semaines. « Le handicap, c’est une situation, pas une impasse. On s’adapte à chaque épreuve », confie l'athlète, ancien champion de France de para-canoë.

Parti le 4 juin de la place de la Comédie, Mehdi s'est élancé pour un tracé sinueux et exigeant de 1 230 kilomètres réels, alternant des étapes quotidiennes oscillant entre 83 et 123 bornes. À ses côtés pour ce voyage au long cours : Renato, son ami d’enfance rencontré sur les terrains de rugby à l'âge de 5 ans, et Sabri, le gardien du temple en charge de la logistique, de l’hydratation et du ravitaillement.

 

« Au début, mon entourage et des cyclistes aguerris me disaient : "Fais gaffe Mehdi, c’est super dangereux, enquiller 90 bornes par jour à la force des bras c'est de la folie". Mais quand on est arrivés sous l'Arc de Triomphe, sur le plan psychologique et émotionnel, c'était juste dingue. On l'a fait. »

— Mehdi Deghmache

 

La Via Rhôna, le Mistral et un buzzer rouge plein d'amour

 

Le voyage n'a pourtant pas eu des airs de long fleuve tranquille. Le moment le plus difficile ? La remontée de la Via Rhôna. Trois jours consécutifs de Mistral de face, sans aucune assistance électrique. « On se faisait tellement secouer par les rafales que ma vitesse est tombée entre 8 et 11 km/h. Tu rames, t'as l'impression de faire du surplace. En plus, avec les travaux sur certains tronçons, on s'est retrouvés sur des chemins défoncés où j'ai cassé du matériel », se rappelle-t-il.

Mais face aux éléments, l’équipage avait un moteur secret : un gros buzzer rouge installé directement sur le handbike de Mehdi. Tout au long de la route, les passants et les abonnés venus à sa rencontre appuyaient dessus pour y enregistrer des messages vocaux de paix, d'amour et d’encouragement. Des followers sont venus ponctuer le périple, comme cette amie croisée en centre de rééducation venue leur apporter des croissants et pains au chocolat , ou ce cycliste anonyme qui a partagé un bout de route à la sortie de Marseille après avoir reconnu le profil de « Papa-Robot » (où l'équipe avait été invitée au concert du rappeur Alonzo).

Des souvenirs, Mehdi en a plein les bras. Comme cette halte imprévue le long du canal de Bourgogne devant une magnifique maison d’écluse. Le propriétaire, touché de les voir photographier sa bâtisse, est sorti leur raconter ses souvenirs d'enfance et son déchirement d’avoir dû quitter l'écluse numéro 52 quelques années plus tôt. Émus, Mehdi et ses compagnons ont passé le reste de la journée à pédaler en comptant nerveusement les écluses, impatients d'atteindre la fameuse maison 52 avec cette histoire chevillée au corps.

 

Vers une saison 2 ?

 

À peine débarqué à Paris et de retour dans le Sud, Mehdi savoure le repos mais pense déjà à la suite. Ce projet né de manière très personnelle a pris une dimension collective. « J’ai reçu des tonnes de messages de personnes qui veulent participer à la saison 2, rouler avec moi, s'impliquer. On va prendre le temps de bien caler les choses, pourquoi pas avec une vraie équipe de tournage. J'ai déjà ma petite idée sur la destination... » glisse-t-il avec malice. Une chose est sûre : l'aventure Kilomètre Zéro ne fait que commencer.

 

Infos pratiques & Réseaux

 

Pour suivre le quotidien de Mehdi, découvrir les vlogs et les nombreuses vidéos du périple Montpellier-Paris et ne rien manquer de ses prochains défis sportifs : Direction ses réseaux sociaux : recherchez le pseudonyme unique Papa-Robot (tout attaché) sur TikTok, YouTube et Facebook.


Publié : 11h55 par
Corentin Aubry - Journaliste

Journaliste et chroniqueur pour RTS FM, possède une solide expérience dans les domaines des sorties, de la nature et de l'environnement. Issu de l’univers de la communication et de la radio, il a développé une expertise en animation d’émissions, réalisation de podcasts, interviews et reportages. Ancien chargé de communication, il a travaillé pour des médias tels que Grand Sud FM et RCF avant de devenir consultant indépendant. Son parcours est enrichi par une formation en communication et technologies de l'information, ainsi qu'en techniques de réalisation radio. Secteurs préviligiés : Sortie, Nature, Environnement, Culture, Social, Divertissement