Laurent Ballesta
Les anneaux corraligènes du Parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate
Crédit : Laurent Ballesta

Méditerranée : l’alerte en profondeur de Laurent Ballesta

La Méditerranée se dégrade sous la pression humaine. Le biologiste et plongeur Laurent Ballesta alerte sur son état, appelle à mieux la réguler et invite à changer notre regard sur le vivant. À Montpellier, son combat se prolonge avec “Loin du ciel” et un gala du MHB dédié à la biodiversité.

Méditerranée : une mer sous pression, l’alerte de Laurent Ballesta

La Méditerranée étouffe. Fréquentation record, usages multiples, pression constante : pour le plongeur et biologiste Laurent Ballesta, cette mer familière est devenue l’un des espaces les plus fragiles au monde. À force d’être partout, elle est aussi celle que l’on abîme le plus. Et le constat est sans détour.

« Ce ne peut pas être un espace de liberté quand on est des centaines de milliers d’usagers », tranche-t-il. Derrière cette phrase, une réalité : contrairement à la terre, la mer reste largement sans règles. Navigation, mouillage, pêche… presque tout y est encore possible. Trop possible.

Dans certaines zones, jusqu’à 300 ancres par jour s’écrasent sur les fonds. Les herbiers sont détruits, les habitats fragilisés. Et la biodiversité encaisse, en silence.

 

Méditerranée : protéger vraiment, pas seulement sur le papier

Les aires marines protégées existent. Mais leur efficacité reste limitée. « À 99 %, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut », rappelle Laurent Ballesta. Une protection souvent théorique.

Pour lui, il faut changer d’échelle et de logique :

  • Créer de vrais sanctuaires, totalement préservés
  • Réguler l’ensemble de la mer, comme sur terre
  • Encadrer les usages : vitesse, mouillage, pêche

Une idée simple. Sur terre, personne n’imagine circuler sans règles. En mer, cette régulation reste encore taboue. « On ne peut plus tout autoriser partout », insiste-t-il.

Le paradoxe est brutal. La Méditerranée, berceau des civilisations, pourrait devenir leur tombeau écologique.

 

Une mer qui change, sous nos yeux

Le constat est aussi intime. Laurent Ballesta plonge depuis plus de 30 ans dans les eaux d’Occitanie. Et certaines images ont disparu.

« Il y a des endroits où je ne peux plus refaire les photos que je faisais avant », confie-t-il. Dans l’Hérault ou le Vidourle, les écosystèmes ont basculé. Les espèces se raréfient. Les paysages changent.

Ses photographies deviennent parfois des archives d’un monde disparu.

Pourtant, quelques signaux positifs existent. Là où des zones sont strictement protégées, la vie revient. Vite. Fort. Mais ces sanctuaires représentent à peine 0,1 % de la Méditerranée.

Un chiffre dérisoire face aux enjeux.

 

Montrer ne suffit plus à protéger

Longtemps, une idée dominait : montrer la beauté du monde pour inciter à le préserver. Laurent Ballesta n’y croit plus.

« Quand on montre quelque chose de beau, on crée de la convoitise », analyse-t-il. À l’ère des réseaux sociaux, l’image attire plus qu’elle ne protège.

Chaque photo devient une invitation à venir. À consommer. À reproduire.

Alors il propose une autre approche. Montrer non pas le beau, mais le mystère.

« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la beauté du monde, c’est le mystère qui est dedans ».

Des créatures étranges. Des comportements incompréhensibles. Des formes de vie qui interrogent. Là, selon lui, naît une autre émotion. Moins superficielle. Plus profonde. Presque une forme de respect.

 

L’aventure commence ici, en Méditerranée

Pas besoin d’aller au bout du monde. Laurent Ballesta en est convaincu.

Une à deux fois par semaine, il plonge dans l’étang de Thau ou le golfe d’Aigues-Mortes. Et il y retourne encore, inlassablement.

« Je vais voir un truc que je n’ai pas compris, alors j’y retourne ».

Une démarche presque scientifique. Une enquête sans fin. Comprendre, sans jamais totalement comprendre. C’est là que se niche, selon lui, la véritable aventure. Dans cette part d’inconnu qui résiste, même à quelques mètres de profondeur.

 

Agir plutôt que débattre

Optimisme ou pessimisme pour l'avenir de la planète ? La question l’agace. « Ça ne change rien », tranche-t-il. Ce qui compte, ce sont les actes. Consommer autrement. Choisir. S’engager. Et voter.

Le reste n’est, selon lui, qu’une posture. Et une posture ne protège rien.

 

“Loin du ciel” : raconter l’inconnu

Ce regard se retrouve dans son nouveau livre et son exposition “Loin du ciel”, réalisés avec Pierre Descamp.

Un projet né d’une accumulation inattendue. Une vingtaine de missions, parfois laissées de côté, finalement réunies. Antarctique, Polynésie, Méditerranée… un même fil rouge : l’inconnu.

Le titre s’est imposé. Parce que sous l’eau, tout semble appartenir à un autre monde. Éloigné du nôtre. Éloigné du ciel.

Preuve de cette richesse insoupçonnée : un tome 2 est déjà annoncé.

 

Montpellier : un gala pour la Méditerranée

Ce combat se prolongera à Montpellier. Le 19 mai 2026, le Montpellier Handball organise un dîner de gala au FDI Stadium. Objectif : soutenir les recherches de Laurent Ballesta sur la biodiversité méditerranéenne.

Au cœur de ces travaux, une découverte récente au large de la Corse : près de 18 millions de nids de picarels sur plus de 700 hectares. Un phénomène unique au monde.

La soirée réunira partenaires, entreprises et joueurs autour d’une conférence, d’une exposition et d’une vente aux enchères.

Une manière de transformer l’alerte en action.  Car pour Laurent Ballesta, la question n’est plus de savoir si l’on est inquiet ou confiant. La seule qui compte désormais : qu’est-ce qu’on fait ?


Publié : 9h30 par
François-Xavier Delacoux - Directeur de publication

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement