Sète Agglopôle : Linares garde le cap en eaux troubles

La crise conchylicole frappe de plein fouet le Bassin de Thau. Annulation des vœux, investissements d’urgence, révision du SCOT : Loïc Linares, président de Sète Agglopôle Méditerranée détaille les choix faits pour préserver la lagune et l’équilibre du territoire. Il dresse un bilan de dix mois d'actions intenses. Face aux crises de la conchyliculture, aux défis du logement et du recul du trait de côte, l'élu détaille sa stratégie pour transformer durablement le territoire d'ici la fin de l'année 2026.

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Loïc Linares Sète agglopôle : une gestion de crise musclée

La situation des conchyliculteurs du bassin de Thau occupe le sommet de la pile des dossiers prioritaires. Qualifiant la conjoncture de situation dramatique, Loïc Linares a pris des mesures symboliques fortes, comme l'annulation des vœux de l'institution pour marquer sa solidarité. Pour l'élu, les crises sanitaires liées au norovirus ou à la malaïgue ne sont plus des épisodes isolés mais le signe d'une fragilité structurelle de la filière. "C’est une activité qui symbolise beaucoup de sujets de notre monde contemporain", a-t-il précisé, soulignant le rôle de vigies des professionnels face au changement climatique.

« Beaucoup d'entreprises ne survivront pas ». Le constat est direct. Selon Loïc Linares, la filière traverse une « crise de trop », cumulant fragilités économiques et effets du dérèglement climatique. La lagune, de plus en plus sollicitée, montre ses limites.  L’élu pointe clairement l’artificialisation du site et la capacité réelle du territoire à supporter certaines activités humaines.

Dans ce contexte, maintenir des cérémonies de vœux n’avait, selon lui, plus de sens. L’annulation se voulait cohérente avec la gravité de la situation, mais aussi respectueuse des professionnels touchés. « À mon âme et conscience, il n'était pas possible de maintenir les vœux dans ces conditions », assume-t-il.

La réponse institutionnelle passe aussi par l’assainissement. Trois millions d’euros sont fléchés vers la gestion urgente de la crise, intégrés dans un plan global d’investissement sur les réseaux. Le budget annuel a été relevé de 9 à 13 millions d’euros pour accélérer les chantiers et renforcer les équipes techniques. Objectif affiché : limiter les rejets et mieux gérer les épisodes pluvieux d’ici fin 2026.

 

L'aménagement du territoire au défi de la loi ZAN

Le schéma de cohérence territoriale (SCOT) a fait l'objet d'un arbitrage serré avec les services de l'État. En revoyant la stratégie de développement, Loïc Linares Sète Agglopôle annonce avoir réussi à économiser 90 hectares de consommation d'espace. Cette sobriété foncière s'accompagne d'une volonté de réindustrialiser le secteur via la reconquête des friches. Les anciens sites Exxon à Frontignan ou Timac Agro à Sète représentent des opportunités pour attirer des entreprises liées à l'économie bleue et à la logistique de proximité.

Il acte également une réduction nette de la croissance démographique, avec un taux ramené à 0,5 %, loin des projections antérieures. L’objectif est clair : stabiliser les équilibres plutôt que poursuivre une logique d’expansion. La nouvelle orientation du Scot prévoit également la renaturation de 25 hectares, notamment sur d’anciens sites industriels. Une manière d’inscrire le territoire dans une trajectoire compatible avec le zéro artificialisation nette, tout en sécurisant les activités existantes, notamment portuaires et conchylicoles.

Le logement reste un point de tension majeur pour les jeunes actifs du bassin et les résdidents du territoires. Pour contrer la hausse du prix du foncier, l'agglo envisage de mener pluisieurs actions dont celle d'exploiter plus la solution du Bail Réel Solidaire (BRS). Cet outil permet de dissocier la propriété du bâti de celle du terrain, rendant l'acquisition plus accessible pour les populations locales.  

« Les jeunes ont une autre approche du logement que ce qu'on pouvait l'avoir jusqu'à présent, il y a des projets à Sète, Poussan et Frontignan et c'est le moment, en effet, de peut-être utiliser ce type de dispositifs . On ne le fait pas encore assez sur le territoire. On travaille avec les bailleurs sociaux et l'EPF pour avoir une véritable stratégie foncière. »»

 

Infrastructures et culture : préparer 2026

Le développement des mobilités se structure autour du Service Express Régional Métropolitain (SERM). Sur la gratuité totale des transports comme Montpellier qui a ouvert la voie elle n’est pas retenue à ce stade. Le coût, estimé entre 2 et 3 millions d’euros par an, pèse dans les arbitrages. La priorité reste donnée aux tarifications sociales et à une meilleure articulation avec Montpellier, via des discussions engagées avec la SNCF et la métropole. L'ambition est d'améliorer la cadence des trains entre Sète et Montpellier tout en renforçant les liaisons routières en site propre, comme sur la RD2.

Concernant la future ligne LGV le tracé n’est plus en débat. Les discussions portent désormais sur ses modalités d’application : maintien de la desserte de Sète, développement du fret et intégration architecturale du viaduc de Poussan, Loïc Linares a obtenu une garantie de 30 % de moyens supplémentaires pour assurer l'intégration architecturale du viaduc sur ce secteur, répondant ainsi aux craintes des riverains sur l'impact paysager.

Enfin, malgré les contraintes budgétaires, le secteur culturel n'est pas sacrifié. Les budgets des scènes nationales et des musées (Compétences de l'agglo), comme celui de Loupian ou de Bouzigues, sont maintenus pour garantir un accès aux arts pour tous. Pour Loïc Linares, la culture participe à l'équilibre social du territoire en période de crise. Cette vision d'ensemble, alliant protection de l'environnement et dynamisme économique, dessine les contours d'un mandat qui refuse de subir les mutations climatiques, préférant les anticiper par l'innovation technique et la concertation citoyenne.

Cependant à l’approche d’échéances susceptibles de rebattre les cartes politiques locales, la question de la continuité des politiques publiques se pose avec acuité. Les choix engagés sur l’eau, la lagune, le foncier ou les mobilités s’inscrivent dans des temporalités longues, souvent incompatibles avec le rythme des mandats électoraux.

Dans un territoire exposé à de fortes contraintes environnementales, l’enjeu dépasse les clivages. Il s’agit de savoir si les décisions structurantes pourront être poursuivies dans la durée ou si les alternances successives continueront d’interrompre, d’ajuster ou de redéfinir les orientations. Un point central pour le Bassin de Thau, où l’anticipation conditionne désormais la capacité à éviter des choix subis.

Publié : 28 janvier 2026 à 14h18 par

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement