Des bananes qui poussent dans l’Hérault : l’audacieuse expérimentation d’une exploitation de Lansargues

Produire des bananes dans le sud de la France, sans chauffer de serre : l’idée peut sembler improbable. Et pourtant, à quelques kilomètres de Montpellier, l’exploitation agricole familiale de Sylvain Duez vient de relever le défi. Après cinq années d’expérimentation, la ferme a réussi sa première récolte commercialisable de bananes cultivées localement, sous serre non chauffée.

bananiers hérault
Il est désormais possible de manger des bananes "Made in Hérault !"
Crédit : Pixabay - Photo d'illustration

Une exploitation familiale tournée vers l’avenir

 

Créée dans les années 1980 par les parents de Sylvain Duez, l’exploitation est aujourd’hui gérée par les deux frères, Sylvain et son cadet, depuis 2019. Chacun son rôle : Sylvain s’occupe de l’administratif, du conditionnement et de l’expédition, tandis que son frère est en charge de la production et des cultures.

Historiquement, la ferme fonctionne sur un modèle bien rodé : salades sous serre en hiver, melons et mini-pastèques en été. Toute la salade et la pastèque sont produites en agriculture biologique, tandis que le melon est partagé entre bio et conventionnel. Les productions sont majoritairement commercialisées à l’échelle nationale, mais on peut aussi en retrouver sur les étals de notre région.

 

Cinq ans d’essais avant la première récolte

 

C’est il y a environ cinq ans que l’idée de cultiver des bananiers a émergé, en partenariat avec le CIRAD de Montpellier, centre de recherche spécialisé dans l’agronomie tropicale. Les premiers essais ont lieu dans d’anciennes serres à salade, adaptées de manière artisanale. Les résultats sont encourageants, mais irréguliers : les bananiers produisent, sans toutefois permettre une commercialisation viable.

Face à ce constat, un choix s’impose : abandonner ou investir. L’exploitation opte alors pour la seconde option. Une serre multi-chapelle mieux isolée et plus spacieuse est installée, permettant de stabiliser les conditions de culture, notamment la température, enjeu central pour le bananier.

 

Une culture sans chauffage, malgré les contraintes climatiques

 

Car oui, les serres ne sont pas chauffées, même si les bananiers ont besoin de températures chaudes, comme sous les tropiques, pour se développer. Un choix assumé, à la fois économique et écologique. « Chauffer pour produire des bananes ici n’aurait aucun sens », explique Sylvain Duez.

Le bananier reste toutefois une plante sensible : en dessous de 3 °C, le risque de dégâts apparaît, et sous 13 à 14 °C, la plante entre en sommeil végétatif. En hiver, la production s’arrête donc naturellement. L’objectif est simplement de maintenir les plants en vie jusqu’au retour de températures plus clémentes au printemps.

Deux variétés sont testées : la Cavendish, très répandue dans le commerce mais plus fragile face au froid, et la Pisang Awak, originaire de Thaïlande, moins productive mais plus résistante.

 

Une première année prometteuse

 

L'année dernière, l’exploitation récolte environ deux tonnes de bananes, un volume modeste à l’échelle mondiale, mais hautement symbolique. Pour la première fois, la production est homogène, de qualité, et entièrement commercialisable. Les bananes sont principalement vendues localement, la conservation et le transport restant des points de vigilance.

Les résultats dépassent même les attentes des producteurs. « On a été bluffés par l’état des bananiers et par la qualité des régimes », confie Sylvain Duez.

 

Un projet qui suscite l’intérêt… bien au-delà de la région

 

Cette réussite attire rapidement l’attention. Des articles et reportages déclenchent de nombreux échanges avec des passionnés et des professionnels, parfois venus de très loin. Un habitant de Mayotte, de passage pour les fêtes, est même venu récupérer des feuilles de bananier. Des horticulteurs locaux, curieux des cultures exotiques, sont également venus observer l’installation.

Ces rencontres nourrissent le projet et apportent conseils et idées nouvelles. Car l’exploitation ne compte pas s’arrêter là.

 

D’autres fruits exotiques à l’essai

 

Dans la même serre, des papayers, manguiers et avocatiers ont été plantés à titre expérimental. Les papayers, très productifs, posent encore des questions de maturation, mais ouvrent la voie à d’autres usages culinaires, inspirés notamment des pratiques observées à Mayotte.

Pour autant, la prudence reste de mise. Les cultures historiques — salade et melon — demeurent le cœur économique de l’exploitation. Mais la banane pourrait bien prendre davantage de place dans les années à venir.

 

Anticiper l’agriculture de demain

 

Face au réchauffement climatique, Sylvain Duez voit dans cette diversification une forme d’anticipation. « Certaines cultures que l’on pratique aujourd’hui ne seront peut-être plus possibles demain. Avoir déjà des connaissances sur d’autres productions, c’est un atout. »

À moyen terme, l’objectif est clair : doubler la surface dédiée aux bananiers, tout en poursuivant les essais. Une manière, pour cette exploitation familiale, de conjuguer innovation agricole et adaptation aux bouleversements climatiques.

Publié : 8h31 par
Corentin Aubry - Journaliste

Journaliste et chroniqueur pour RTS FM, possède une solide expérience dans les domaines des sorties, de la nature et de l'environnement. Issu de l’univers de la communication et de la radio, il a développé une expertise en animation d’émissions, réalisation de podcasts, interviews et reportages. Ancien chargé de communication, il a travaillé pour des médias tels que Grand Sud FM et RCF avant de devenir consultant indépendant. Son parcours est enrichi par une formation en communication et technologies de l'information, ainsi qu'en techniques de réalisation radio. Secteurs préviligiés : Sortie, Nature, Environnement, Culture, Social, Divertissement