Le paradoxe français face aux plateformes numériques

Indispensables au quotidien mais largement contestées, les plateformes numériques cristallisent un paradoxe français. Une étude Ipsos/BVA présenté lors de l'évènement Médias en Scène 2026 met en lumière une dépendance forte, accompagnée d’une défiance massive et d’une demande claire de régulation, notamment pour la protection des mineurs et des données personnelles

Plateforme fin de la confiance

 

Le paradoxe français des plateformes numériques

En 2025, 81 % des Français utilisent les réseaux sociaux, dont 70 % de manière quotidienne ou quasi quotidienne. Les plateformes de streaming vidéo et audio sont également bien ancrées dans les usages, tout comme les services de vidéos en ligne. Plus d’un Français sur deux estime que ces outils occupent une place importante dans sa vie, un chiffre qui atteint 85 % chez les 18-34 ans.

Mais cette dépendance ne rime pas avec adhésion. Une majorité d’utilisateurs exprime une méfiance nette à l’égard des plateformes, jugées envahissantes, peu respectueuses des données personnelles et insuffisamment protectrices, en particulier pour les mineurs.

Les indicateurs de confiance sont bas : seuls 26 % des Français estiment que les plateformes protègent correctement leurs données personnelles, 30 % qu’elles luttent efficacement contre la désinformation ou les propos haineux, et à peine 22 % qu’elles assurent une protection satisfaisante des enfants.

 

Une demande massive de régulation et de contrôle

Face à ces inquiétudes, un consensus se dégage nettement en faveur d’une intervention forte des pouvoirs publics. 91 % des Français jugent la régulation des plateformes importante ou indispensable. Cette attente traverse toutes les générations et s’accompagne d’un soutien massif à des mesures concrètes.

La modération stricte des contenus violents ou haineux recueille plus de 90 % d’adhésion, tout comme la transparence sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et le fonctionnement des algorithmes. Le renforcement des limites d’âge, l’interdiction de certaines fonctionnalités jugées addictives et la mise en place de dispositifs de contrôle du temps d’écran pour les mineurs sont également largement plébiscités.

Fait marquant, les Français privilégient majoritairement la sécurité au principe de liberté d’expression totale sur les plateformes, acceptant le risque potentiel de censure. Cette position, longtemps associée aux générations plus âgées, s’observe désormais aussi chez les plus jeunes utilisateurs.

 

Entre dépendance assumée et désir de rupture

Cette défiance s’exprime aussi dans les intentions déclarées. 59 % des Français affirment qu’ils pourraient arrêter d’utiliser les réseaux sociaux, dont plus d’un sur cinq de manière certaine. Cette volonté de rupture est particulièrement présente chez les utilisateurs occasionnels, les plus de 50 ans et les personnes préoccupées par l’impact des plateformes sur leur santé mentale.

Pour autant, les plateformes continuent d’apporter des bénéfices reconnus. Elles restent perçues comme des outils d’apprentissage, de découverte et d’ouverture sur le monde par une large majorité des utilisateurs. Elles sont également identifiées comme des sources de divertissement et des moyens de maintenir le lien social, même si leur rôle évolue avec l’âge.

Ce tiraillement illustre une forme de dépendance subie, où l’utilité quotidienne cohabite avec un sentiment de saturation. Près d’un tiers des Français estime passer trop de temps sur les plateformes, un ressenti particulièrement fort chez les plus jeunes, pourtant les plus connectés.

 

Souveraineté numérique et attentes pour l’avenir

Au-delà des usages individuels, la question de la souveraineté numérique s’impose dans le débat public. 72 % des Français se disent préoccupés par la domination des acteurs américains et chinois dans le numérique. Huit Français sur dix souhaitent voir émerger des plateformes européennes capables de proposer une alternative crédible, fondée sur des valeurs de transparence, de protection et de respect des utilisateurs.

À l’avenir, les attentes sont claires : les plateformes ne sont plus seulement attendues sur le terrain du divertissement. Les priorités exprimées concernent avant tout la protection des mineurs, le contrôle des contenus, la sécurisation des données personnelles et l’accès à une information fiable.

Ce paradoxe français marque un tournant. Après une phase d’adoption enthousiaste puis de critiques dispersées, les exigences formulées aujourd’hui dessinent les contours d’un nouveau modèle numérique, plus encadré, plus transparent et plus protecteur. Un signal fort adressé aux plateformes, mais aussi aux décideurs publics.

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Publié : 16 janvier 2026 à 8h48 par

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement