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En Petite Camargue dans le Gard, l’eau se soigne par le végétal

En Petite Camargue, au Cailar, une entreprise familiale a fait de l’eau son cœur de métier. Depuis plus de trente ans, Nymphea Distribution développe des solutions fondées sur les plantes pour traiter, filtrer et dépolluer les eaux. À sa tête aujourd’hui, Flore Prohin, 30 ans, qui a repris progressivement les rênes de cette PME rurale à la croisée de l’agriculture, de la recherche et du terrain.


 

Créée en 1990 par Philippe Prohin, horticulteur autodidacte, l’entreprise est née d’une observation patiente des zones humides. Roseaux, bassins, bactéries et substrats composent un système capable de traiter des eaux usées ou polluées sans recourir à des procédés lourds. Un savoir-faire rare en France, bâti sur l’expérimentation et l’adaptation aux milieux naturels.

 

Flore Prohin a grandi dans cet univers. Enfant, l’exploitation était un terrain de jeu fait de grenouilles, de têtards et de bassins. Pourtant, ni elle ni ses sœurs n’étaient destinées à reprendre l’entreprise. Leurs parents les ont encouragées à suivre d’autres voies, estimant que cette activité demandait un engagement total. Après un parcours hors du monde agricole, Flore revient en 2017 pour un emploi saisonnier. Elle ne repartira plus.

 

Ce retour s’explique d’abord par un choix de vie. « J’avais besoin d’un travail physique, de toucher la terre », explique-t-elle. Peu à peu, elle comprend aussi les absences de ses parents, leur investissement et la logique de long terme qui structure l’entreprise. Planter, produire, observer et voir évoluer un écosystème devient une source d’équilibre autant que de sens.

 

La transmission ne se fait pas sans ajustements. Philippe Prohin reste une figure reconnue du secteur, connu pour son franc-parler et sa légitimité scientifique. Sa fille s’impose autrement, par la maîtrise technique, la pédagogie et une approche plus posée des décisions. « Il faut s’imposer en expliquant, pas en hurlant », résume-t-elle. Les échanges restent vifs, parfois tendus, mais assumés comme un moteur.

 

À la tête de Nymphea, Flore Prohin engage aussi des choix structurants. L’entreprise privilégie désormais la traçabilité des plantes, l’autoproduction et le refus d’espèces invasives. Des orientations qui pèsent financièrement à court terme, mais renforcent l’autonomie de la structure. En 2025, Nymphea a vendu pour la première fois des nénuphars issus à 100 % de sa propre production.

 

L’activité se partage entre la plante aquatique ornementale et la phytoépuration. Ce procédé repose sur des bassins composés de différentes couches de substrats, de roseaux et de bactéries locales. Le rôle des plantes n’est pas de « manger » la pollution, mais de créer les conditions nécessaires à l’action bactérienne. Les rhizomes des roseaux apportent de l’oxygène, permettant la transformation de la matière organique.

 

Cette expertise s’applique à des stations d’épuration, des sites industriels ou des projets expérimentaux menés in situ. Chaque installation est pensée en fonction du polluant, du sol, de l’environnement et des bactéries présentes. Un travail de précision qui nécessite des phases pilotes parfois longues, et qui ne débouche pas toujours sur une généralisation, faute de volonté ou par crainte de solutions jugées trop simples.

 

La question de l’eau traverse l’ensemble des réflexions de l’entreprise. « Il ne faut pas culpabiliser dans notre consommation, mais la rendre intelligente », estime Flore Prohin. Face au changement climatique, les plantes aquatiques montrent une forte capacité d’adaptation. Les efforts portent davantage sur les outils de production, avec des serres isolées et des dispositifs limitant l’évaporation.

 

En 2025, Nymphea Distribution a reçu pour la seconde fois le Prix de la Dynamique agricole et de la pêche de la Banque Populaire du Sud, cette fois dans la catégorie Performance technique. Une reconnaissance qui marque aussi la transition entre le fondateur et la nouvelle dirigeante. « Ça dissocie bien Philippe et Flore, tout en préservant l’éthique », souligne-t-elle.

 

Pour l’avenir, Flore Prohin ne vise pas l’agrandissement à tout prix. Elle défend une structure à taille humaine, capable de rester réactive et proche du terrain. Sensibilisation, transmission et éventuellement formation font partie des pistes envisagées. Avec une ligne directrice simple, héritée de l’histoire familiale : l’eau est un enjeu vital, aujourd’hui comme demain.

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Publié : 4 février 2026 à 19h07 par

Passionné d'animation depuis l'âge de 14 ans, a pris les commandes de la matinale d'RTS à seulement 19 ans, poste qu'il a occupé pendant 13 ans. Après des études de sciences économiques à Montpellier, il occupe plusieurs postes chez RTS, devenant successivement responsable d'antenne, animateur, responsable technique. Aujourd'hui directeur général de la radio et de la régie publicitaire RTS Communication, il est également directeur de publication, avec une spécialisation dans l'actualité high-tech, économique et environnementale. Secteurs préviligiés : High-Tech, IA, Economique, Environnement